Solace à Caen

Publié le par Shaya Onthemoon

Quittez le hall en béton et en verre, à la hauteur démesurée. Descendez l’escalier, là, près de la grande porte d’entrée. Vous avez l’impression de passer en coulisses, ou de vous rendre à la cave, mais refoulez ce vilain pressentiment et continuez à suivre les affichettes. Vous voyez la grande porte sans battant, comme une percée dans la paroi ? Oui, c’est bien là que vous devez entrer. Allez-y, vous ne craignez rien.

La salle dans laquelle vous vous trouvez est aux dimensions du hall d’entrée : vous devinez les murs nus et le plafond bien au-dessus de là où il devrait être. Votre cœur bat un peu plus fort, dans cette nuit souterraine. Quelques frissons glissent le long de votre colonne vertébrale. L’air est saturé d’humidité. La seule source lumineuse est la porte par laquelle vous venez de passer. À quelques mètres de vous trône une construction cubique. Dans l’angle qui vous fait face, un rideau. Allez-y, ouvrez…

Dans la pénombre, vous distinguez un banc où l’on a disposé une rangée de coussins. Prenez place… Voilà. Derrière vous, un déshumidificateur ronronne. Devant vous, l’installation.

Occupant tout votre champ visuel, un rideau d’eau savonneuse est déployé. Puis un deuxième se crée derrière. Le premier explose en silence, tandis que la première tringle est plongée dans le bac d’eau savonneuse posé au sol et remonte lentement, formant une nouvelle toile. La lumière se fait peu à peu, l’éclairage devient plus vif. Des projecteurs derrière vous se reflètent dans les rideaux qui prennent vie à tour de rôle, et meurent tout aussi vite. Grâce à la poésie de la mécanique des fluides, vous êtes happé par les volutes irisées qui dansent dans le savon puis disparaissent afin de laisser place à une nouvelle création.

La danse des tringles qui plongent et remontent est ponctuée par le soupir que font ces arcs-en-ciel avant de retourner au néant. Vous aimeriez rester dans cette beauté.

Mais vous n’êtes, vous aussi, qu’une créature éphémère. Il vous faut disparaître de ce lieu, et la lumière change encore. Un nouveau ballet va se jouer, pour un autre public.

La sortie est par là. N’oubliez pas de remercier, en pensée au moins, l’artiste et le lieu qui accueille cette incroyable installation.

 

Installation « Solace », de Nick Assmann, à l’ESAM de Caen, jusqu’au 24 mai 2013, dans le cadre du festival Interstices http://www.festival-interstice.net/2013/fr

http://nickyassmann.net/work/solace

Publié dans Expositions, Caen

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