"Ce secret vous tuera tous" n'est plus

Publié le par Shaya Onthemoon

Nouvelle version, nouveau titre… nouveau roman ?

Un matin de l’automne 2012, je me réveillai aux aurores avec, en tête, le synopsis d’une histoire toute prête. Je sortais tout juste de l’écriture d’un témoignage, cru, sans fioriture, et je recevais alors les premiers refus d’éditeurs. Mon histoire n’intéressait pas, ne convainquait pas… mais j’avais besoin de la hurler tout haut. Ce synopsis me permettait d’en parler sous forme de fiction, d’y ajouter les réactions de mes premiers lecteurs et les confidences d’amis qui s’étaient alors dévoilés. Je démarrai donc l’écriture de cette histoire, en la situant en Grèce, à Athènes – parce que j’avais également besoin de partager mon amour et mes craintes pour ce pays.

Et puis ce qui arrive souvent arriva : mon personnage central commença à prendre son indépendance, à se détacher de moi et à refuser le chemin que je lui avais tracé. Nommée Eleftheria (« liberté »), elle n’en faisait presque qu’à sa tête. Elle tomba amoureuse sans me demander mon avis, et dédaigna celui que je lui avais destiné. J’arrivai à la moitié du premier jet lorsque l’évidence me frappa : Eleftheria n’est pas moi, et je ne suis pas Eleftheria. Ce n’est pas mon histoire, mais la sienne que je veux raconter.

Démarra une longue période de doutes et de deuil du projet initial. Je fis lire le premier jet à des bêta-lecteurs, et les retours furent à chaque fois sans appel : il me fallait (re)travailler l’intrigue et les personnages, exploiter davantage l’univers, et expliciter ces non-dits et ces « évidences » qui n’en sont pas pour le lecteur. Je me lançai dans la deuxième version, avec un nouveau titre : « Ce secret vous tuera tous » n’est plus, vive « Anacalypse ». Anacalypse eut également son tour de moulinette sous l’analyse acérée de mes bêta-lecteurs. Encore trop de non-dits, encore trop d’imprécisions, encore des choses à préciser dans l’intrigue… C’était mieux, mais pas encore ça. Je laissais ces retours dans un coin de ma tête durant trois mois ; puis, au début de cette année, je m’attelai enfin à la tâche. Plus de deux ans après le premier projet, peut-être avais-je désormais assez de recul. Je conservai la construction générale avec ses douze chapitres, le prologue, l’épilogue et l’intermède ; je taillai ici, développai là, effaçai sans vergogne les lourdeurs et les passages où le trop-plein de pathos avait dégouliné, et rendis à un personnage secondaire un destin qu’il méritait. Eleftheria acquit le diminutif de Terry.

Ce matin, je viens d’imprimer cette nouvelle version sur papier, afin de la découvrir sur un support différent, confortablement installée dans mon fauteuil de lecture. Je vais attendre la fin de journée, pour que cette lecture soit un moment de détente. L’histoire de Terry est désormais bien la sienne, et non plus un ersatz monstrueux de la mienne.

« Terry se surprit en train de sauter au rythme de cet orchestre fou dont les envolées lui rappelaient les heures glorieuses de Bregovic. Ses pieds dansaient sans que sa tête ne leur ait ordonné quoi que ce soit, ses bras se levaient, ses yeux se perdaient dans le ciel délavé par le mistral, elle tournoyait… Que c’était bon ! Aussi enivrant que les « concours de toupies » dans la cour d’école primaire ! Envolée, la peur ! (…) Autour d’elle, des mains l’applaudissaient, la portaient. Pour un peu, elle aurait cru voir voler des pétales en pluie, comme lors des bals estivaux en Grèce. On la saisit, on l’aida à monter sur la petite estrade avec les musiciens, et plus rien n’exista que cette fusion avec la joie débordante de cette musique. (…) Cris et sifflements de joie s’élevèrent, et des bras se tendirent pour la soutenir alors qu’elle descendait de son piédestal. La joie revenait en elle, et avec la joie, la volonté de se battre, vraiment. »

Création des étudiants de l'école des Beaux-Arts d'Athènes http://globalstreetart.com/images/26df7bc

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