Aux armes citoyens : lettre ouverte à Brice Hortefeux

Publié le par Shaya Onthemoon

Monsieur Hortefeux,

Vous ne manquez ni de culot ni d’ironie. Je ne puis croire qu’il s’agisse là d’un pur hasard de calendrier. Admettez-le : aller remettre en cause un des principes fondamentaux de la France le jour du 75e anniversaire de l’appel du Général de Gaulle, c’est tout de même gonflé ! Vous avez ainsi déclaré, sans que cela ne suscite beaucoup de réactions : « je suis clairement favorable à une modification du droit du sol » et proposez même « le rétablissement du droit du sang dans des territoires d’outre-mer, comme Mayotte et La Réunion ».

(Le Monde en date du 18 juin 2015, texte complet ici : http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/06/18/brice-hortefeux-devenir-francais-doit-etre-le-resultat-d-une-volonte-et-non-d-une-passivite_4657083_823448.html#K7bAra5PGGrsWtZx.99)

Comment allez-vous expliquer à un enfant né en France, qui est allé à l’école en France, qui n’a vécu qu’en France que vous ne le considérez pas comme Français ? D’ailleurs, comment le considérez-vous et quelle situation lui proposez-vous ? Proposez-vous qu’il soit apatride, ou qu’il ait la nationalité de ses ancêtres ? D’ailleurs… quels ancêtres ? M. Nicolas Sarkozy a, parmi ses grands-parents, des personnes venues de Hongrie et d’autres de Thessalonique occupée alors par l’Empire ottoman. Selon vous, le petit Nicolas n’aurait pas dû avoir la nationalité française. Mais laquelle lui auriez-vous accordée ? L’ottomane, la hongroise ? Et quelles lois demandez-vous à cet enfant de respecter ? Les lois françaises, alors même que vous ne le reconnaissez pas comme Français ?

En effet, permettez-moi de vous rappeler que le droit du sol consiste à considérer comme citoyen à part entière d’un pays toute personne y résidant de façon permanente, à lui accorder les mêmes droits qu’aux autres habitants du même pays, et à exiger d’elle l’accomplissement des mêmes devoirs. C’est la mise en application du principe d’égalité, celui gravé au fronton de nos mairies. Concrètement, toute personne vivant en France est française, doit respecter les lois françaises, bénéficie de la même protection légale et sociale que les autres citoyens, et reçoit la même éducation. Cette égalité de traitement permet d’entretenir un sentiment de justice sociale, et garantit la paix.

Le « droit » du sang, lui, consiste à accorder droits et à exiger devoirs en fonction de l’origine « biologique », d’une composante culturelle voire de la pratique religieuse ou de tout autre « critère » discriminant permettant de mettre à l’écart une partie de la population, ou de s’en servir comme bouc émissaire en temps de crise. Le « droit » du sang est celui qui entretient un climat de vengeance, celui qui empêche la paix. De l’application de ce « droit », découlent guerre civile, vendetta, exactions, massacres sur plusieurs générations ; ce « droit » est celui par lequel sont justifiés les massacres et s’organisent les génocides.

Évidemment, en période de crise, il est plus facile d’exciter les foules en agitant le chiffon rouge du « droit » du sang que le drapeau tricolore du droit du sol. Pour que le droit du sol fonctionne réellement, il faut assurer à tous la possibilité d’accéder au même niveau d’éducation et de santé, à une qualité identique d’infrastructures, et de jouir de la même liberté d’expression, le tout sans bafouer le principe de laïcité*.

Pour conclure, le droit du sol nécessite un engagement fort de l’État dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la justice. Mais le 18 juin 1940, lorsque le général de Gaulle a appelé les Français à résister https://fr.wikipedia.org/wiki/Appel_du_18_Juin , il n’a pas appelé seulement « les Français à 100 % d’origine française » ou « les Français nés de parents français » ou « tous les Français sauf ceux de la Réunion et ceux de Mayotte ». Il a appelé « les Français », et ceux qui ont répondu ont entendu « toutes les personnes défendant la devise de la France ». Et dans cette devise, monsieur Hortefeux, il y a bien le mot « égalité », celui-là même que vous proposez sans honte d’effacer.

Alors : aux armes, citoyens ! Défendons le droit du sol !

 

*Pour rappel, la laïcité consiste à vivre sa foi librement, mais sans jamais l’imposer aux autres ni par des actes ou paroles agressifs ni par un comportement claironnant sa religion – et en n’oubliant jamais que le seul corpus législatif valable et applicable dans un État laïc est le corpus législatif de l’État en question. Cela signifie aussi que cet État permet à chacun d’avoir un lieu de culte digne et sûr. Mais cela est un autre sujet.

 

Aux armes citoyens : lettre ouverte à Brice Hortefeux

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