Texte Résistance : naissance

Publié le par Shaya Onthemoon

Les semaines défilent, les week-ends aussi, salutaires journées de décompression au cours desquelles je délaisse tout écran – oubliant parfois d’allumer mon téléphone portable, le téléphone fixe suffisant pour les urgences – et où je me plonge avec délices dans les nombreux livres en attente de ma pile à lire.

Lorsque je ne lis pas, je cherche des éditeurs à solliciter pour Anacalypse. En mars, j’ai ainsi profité du salon de Paris « Livre Paris 2016 », où je me suis rendue dans un cadre professionnel, et ai prolongé mon séjour le dimanche qui a été ma demi-journée « à moi ».

D’autres fois, j’écris, ou je me documente pour des textes. Un appel à textes sur la Seconde Guerre mondiale a été le détonateur qui me manquait pour me mettre à l’écriture d’un texte « Résistance », inspiré entre autres de mon histoire familiale. À ce jour, j’ai rédigé plus de 20 000 signes, et la guerre vient tout juste d’être déclarée.

Extrait de ce jour :

Mes parents s’activaient dans l’atelier ; mon père, assis sur un tabouret, remuait un liquide sombre qui chauffait dans une des marmites en cuivre que nous utilisions pour la confiture ; ma mère allait et venait entre les étagères pour attraper simples et autres ingrédients qu’elle jetait dans la mixture en murmurant incantations ou prières – ou tables de multiplication, je n’ai jamais su. Ni l’un ni l’autre n’était visible de l’extérieur, lui assis et elle toute petite.

« Oh, Nande, qu’est-ce’ tu fais là à cette heure ? » demanda mon père en fronçant les sourcils.

« Je pissais dans le jardin ! Vous m’avez fait une sacrée peur, tous les deux.

— Toi, tu as eu peur de quelque chose ? s’esclaffa ma mère. ‘Es ben la première fois !

— Ça me dit pas ce que vous fabriquez.

— Une tisane pour dormir, dit ma mère.

— Pour pas rêver, compléta mon père en baissant les yeux vers le liquide qu’il continuait à touiller.

— Oh. Ça revient ? » demandai-je.

Ma question, inutile, n’appelait pas de réponse. Je restai avec pour les aider avec le brasero, le rangement des pots, et surtout parce que je n’aurais pas pu dormir de toute façon. Mon père avait rapporté ses propres fantômes de la Grande Guerre, nés dans la boue du Chemin des Dames. Et ce nouveau conflit les avait réveillés.

 

Texte Résistance : naissance

Publié dans Écriture, Résistance

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