10 ans de Parcours d'exil

Publié le par Shaya Onthemoon

Parce que le voyage, trop souvent, n'est pas synonyme de "désir". Parce que le besoin d'évasion peut être plus qu'une envie de quitter la routine... Parce que le parcours, comme l'a rappelé M. de Obaldia, n'est pas que le chemin entre deux points.

Parcours d'exil existe depuis dix ans. Des milliers de personnes ont vu leurs pas les transporter jusqu'à ce centre de soins pour obtenir écoute, aide, empathie. Vendredi dernier, patients, médecins, partenaires, ont exprimé avec leurs propres mots leurs espoirs, leur désespoir, leur lutte, leur admiration pour les patients du centre :

« Je suis venu en France pour remplacer le fusil par un stylo. » a déclaré ce jeune venu à pied d'Afghanistan, après avoir lu Ma Bohème.
« Pourquoi avoir traversé des montagnes, des continents, pourquoi avoir réalisé l’impossible si c’est pour qu’on me demande d’espérer ici seulement des choses « faisables » ? » s'est-il interrogé, puisqu'il rêve d'études de droit et qu'on le pousse vers un CAP qui ne lui convient pas.

« Il a été le premier à me demander pourquoi j’étais triste. Les autres me donnaient des médicaments qui m’abrutissaient – quand on vient de Mauritanie, « Prozac », ça ressemble à un nom de région polonaise. » a rappelé, en saveur douce-amère, un des premiers patients.

La littérature française a eu une place de choix dans les textes lus ce soir-là : Hugo, Péguy, mais aussi Rimbaud, encore et toujours. La pièce qui a clôturé la saison était composée des textes de Une saison en enfer, et de la correspondance entre Arthur et sa soeur. Deux patients et l'art thérapeute ont interprété - incarné - les mots, et les décors consistaient à divers morceaux de Mozart (entre autres).

« Me voici sur la plage armoricaine. Que les villes s'allument dans le soir. Ma journée est faite ; je quitte l'Europe. L'air marin brûlera mes poumons ; les climats perdus me tanneront. Nager, broyer l'herbe, chasser, fumer surtout ; boire des liqueurs fortes comme du métal bouillant, -comme faisaient ces chers ancêtres autour des feux. »
(Arthur Rimbaud, Une saison en enfer)

Et tandis que deux acteurs exilés d’Afrique incarnent, au sens le plus littéral, les douleurs d’un Rimbaud exilé en Afrique,
Aux pleurs d’un violon –
Requiem de Mozart,
Dehors, dans la lumière d’un projecteur,
Tombe la neige.

 

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