Chercher les fées

Publié le par Shaya Onthemoon

« Tu as vu maman, la fille elle court ! » Une petite fille tire sur la main de sa mère et me montre du doigt. Je ris et continue à trottiner dans le village ; je m’enfonce dans une ruelle où un petit chien essaie de m’impressionner.

La ruelle à gauche, les escaliers à droite devant la salle des fêtes… et me voici le long de la rivière. Le soleil chauffe ma nuque, le parfum des fleurs et de l’herbe tout juste coupée m’enivre un peu ; une poule d’eau crie alerte et se cache. Les canards, impassibles, continuent à pêcher, leur postérieur comiquement relevé.

J’avance sur la terre battue entre les prés où ruminent les vaches et l’onde qui scintille. Bientôt le pont du chemin de fer… Comme toujours, une légère appréhension quand je le traverse – et si le vieux pont décidait précisément aujourd’hui de tomber ? Je redescends l’escalier de l’autre côté et m’arrête – mauvaises chaussures, mal à la cheville - mais je reprends vite ma petite course jusqu’à mon objectif du jour : l’île enchantée.

 

Le chemin se fait plus étroit, la rivière plus proche, les arbres plus verts et plus beaux. Leur roi – il y a toujours un roi des arbres – est plus loin, au début du chemin ; je l’ai salué en commençant ma quête (puisqu’il n’y a pas de roi à saluer sans quête à accomplir).

Je dépasse deux messieurs qui avancent tranquillement sur le chemin en évitant le fumier de cheval écrasé par des passants inattentifs.

Le chemin descend brusquement ; devant moi se tient la belle auberge aux vieux colombages. Je continue dans l’herbe, en évitant la route goudronnée. Plus loin, en bas, il y a d’autres arbres à saluer. Deux d’entre eux semblent bavarder, au milieu des pelouses ; on leur a fait une coiffure de printemps bien courte et leur tronc énorme ne se plaît pas avec des branches si frêles et si courtes.

 

A quelques mètres d’eux, au bord de l’eau, il est là : le prince facétieux dont le tronc a pris une forme d’angle droit, et les racines celles d’une barque. Je me demande qui peut bien se servir de l’embarcation pour naviguer sur ces eaux tranquilles. Je pose mes mains sur l’écorce épaisse, baisse la tête en signe de salut. Le soleil avance tranquillement vers son coucher et dore les vaguelettes du faible courant à mes pieds. Tout est calme.

Quelqu’un me regarde. Je tourne la tête sous le picotement familier dans la nuque : un jeune homme est assis à la portière de sa voiture et m’observe, en effet, sans sourire. Je reprends lentement mon chemin et quitte l’île enchantée – je n’y ai pas vu de fée aujourd’hui, mais je reviendrai. J’espère ne pas recroiser le gardien.

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