En 2005 j'ai voté non

Publié le par Shaya Onthemoon

1997 : alors que j’étude une maîtrise d’études européennes, je découvre, effarée, comment la mise en place de la monnaie unique va verrouiller les systèmes de « défense monétaire naturels » des états.

2002 : après une campagne présidentielle au goût rance de haine et dans laquelle les candidats principaux proposent des programmes économiques à mon sens trop libéraux, je vote pour l’unique candidate qui parle d’humanisme, d’espoir, de solidarité. Depuis, les analystes me considèrent comme une de « ceux à cause de qui le vote de gauche a été dispersé ».

2005 : je fais campagne auprès de mon entourage et je vote NON au « traité constitutionnel européen ». Cet assemblage de textes (que je lis et étudie dans son intégralité) n’est pas assez européen. Alors que j’espère enfin une constitution européenne instaurant le fédéralisme, je ne trouve qu’une enfilade de traités économiques obligeant les états à renoncer à leurs services publics et à augmenter leur budget « défense » - sans que rien de décisif ne soit proposé pour l’éducation, la santé, les politiques environnementales, l’emploi... Depuis, les analystes me considèrent comme « ceux qui refusent l’Europe » alors qu’au contraire, j’en voulais davantage.

2009 : mon cœur bat en écoutant le discours engagé et humaniste d’un certain M. Stéphane Hessel, dans une maison associative en banlieue parisienne, à l’occasion du soixantième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

2011 : je suis indignée par les commentaires de la classe politique comme des intellectuels autour de ce qui constitue la première « affaire DSK » (avant que Tristane Banon puisse enfin s’exprimer et avant que ne soient déterrées les horreurs autour de « l’affaire Carlton »).

Depuis 2010, je suis outrée par le traitement infligé aux populations grecques, portugaises, irlandaises... Comment peut-on accepter d’affamer les personnes réelles afin de sauvegarder un système financier basé sur des flux virtuels ?

 

2012 : à l’aube du deuxième tour, je ne sais pas pour qui voter. Ne vous méprenez pas : je sais bien qui je ne veux plus voir au pouvoir. Mais je ne suis pas sûre que le changement promis me convienne. Parce que la politique de rigueur promise dans les deux cas ne me paraît pas être la solution, mais constitue à mon sens une grande partie du problème. Parce que les programmes économiques basés sur des espoirs de croissance me semblent irréalistes. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est The New York Times (cité par Courrier International n°1120, p.14 : « Une overdose d’austérité »  http://www.courrierinternational.com/ ) :

« L’Espagne pourrait être la prochaine victime de la gestion calamiteuse de la crise de l’euro par Berlin. Une issue fort probable tant qu’Angela Merkel et ses alliés politiques, en Allemagne et ailleurs, n’admettront pas le fait qu’aucun pays ne peut rembourser ses dettes en étouffant sa croissance. L’austérité, ce remède unique prescrit à tous par la chancelière allemande, ne marche absolument nulle part. »

Commenter cet article