Mes amis dans la crise grecque

Publié le par Shaya Onthemoon

Mes pas ne m’emmènent pas bien loin, mais ma tête est ailleurs. La crise en Grèce, pour beaucoup de mes amis, ne se limite pas à des titres catastrophiques sur des journaux qui n’intéressent personne.

T…, 36 ans, Thessalonique, fonctionnaire (ministère de la Justice) :

« Cet été, nous [ils sont cinq] avons pu tenir le coup grâce aux poissons que pêchait mon père pour nous. Cet hiver, je ne sais pas. Je vais utiliser notre balcon pour en faire un potager. Et nous avons de la chance : nous avons perdu seulement un tiers de notre salaire… »

A…, 41 ans, Athènes, salariée dans un musée :

« [Entre mai et septembre] chaque matin, je me suis levée et je me suis dit : "Tiens, qu’est-ce que je vais faire aujourd’hui ? Et si j’allais travailler, ça m’occuperait…" L’envie, c’est la seule motivation que j’ai eue, puisque pendant cinq mois on ne nous a pas versé de salaire. Là, j’attaque mes derniers 1000€. Toutes mes économies des dernières années y sont passées. Et je ne sais pas si on va nous payer en décembre. »

S…, 62 ans, Athènes, professeur en retraite :

« Payer des impôts, toujours plus, toujours plus… Je comprends que l’État ait besoin d’argent, mais nous, comment pouvons-nous faire pour trouver cet argent ? Comment pouvons-nous payer plus d’impôts quand les salaires ne sont plus versés ? Et encore, moi je suis retraitée, j’ai de la chance : en fin de mois – pour le moment – je reçois quelque chose. Même si le montant change à chaque fois sans qu’on ne comprenne pourquoi. »

Et aussi : « On a de la chance cette année, l’automne est clément : on n’a pas encore à payer pour le chauffage. Comment les gens vont-ils pouvoir se chauffer quand le froid arrivera ? »

L’hiver dernier, pour ne pas mourir de froid dans les appartements mal isolés de la capitale, certains Athéniens sont allés couper du bois… sans contrôle puisque l’État ne peut plus payer de gardes-forestiers. Les forêts autour de la capitale, celles qui avaient été épargnées par les incendies, ont été dévastées par la hache ; les sols sont donc fragilisés, et Athènes, construite dans une cuvette géologique, risque l’inondation à chaque grosse pluie. Ce qui n’arrange rien, bien sûr.

 

Les souvenirs du tremblement de terre de 1999 et des inondations de 2001 et 2002, les personnes rencontrées cet été à Paros, les conversations avec ces Athéniens qui faisaient partie d’une « classe moyenne supérieure » et qui, cinq ans plus tard, se retrouvent au bord du gouffre de la misère, tout cela me donne des cauchemars. La fin du monde n’est peut-être pas pour le 21 décembre ; la fin d’une réalité sociale en Grèce – et certainement dans les autres pays battus à mort par les théories de la rigueur – est bien là, et pour chacun d’eux, c’est bien l’Apocalypse qui sonne à la porte.

Dossier Courrier International : Stop l’austérité

http://www.courrierinternational.com/article/2012/11/22/stop-a-l-austerite

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