Monsieur de Obaldia

Publié le par Shaya Onthemoon

M. de Obaldia : ce nom résonne dans une salle de classe aux petits bureaux en bois, près d’une grande baie vitrée et de poteaux en gros galets de Crau. Par la fenêtre je voyais les pneus de tracteur peints de couleurs vives où nous jouions durant les récréations. Les mots de M. de Obaldia jouaient dans ma bouche, créaient des images multicolores et joyeuses dans ma tête de petite fille, transformaient l’école en éclats de rires.
Je n’ai pas lu de texte de M. de Obaldia depuis de longues années. De même que je ne suis pas retournée dans mon école primaire depuis fort longtemps. Mais hier soir, j’ai rencontré René de Obaldia.
Notre première rencontre fut plutôt cocasse puisque je sortais des « lieux d’aisance » et lui y était accompagné. J’étais pressée de voir la représentation du Vent dans les branches de sassafras par une (excellente ! remarquable ! enjouée, enthousiaste, talentueuse, drôle à souhait !) troupe rouennaise. Après cette étonnante prestation, M. de Obaldia se mit gentiment à la disposition du public tout aussi enchanté que moi. J’allai le remercier d’avoir écrit ce texte truculent.
« Et cette jeune personne, à quoi se destine-t-elle ? » demanda-t-il un rien taquin. Je fus immédiatement séduite par la présence de ce grand monsieur, par sa prestance, sa gentillesse. J’eus du mal à répondre… À quoi me destiné-je ? C’est là en effet l’interrogation de toute une vie. Au bonheur ? Mais qui ne l’est pas ? Voulait-il dire professionnellement ? Là aussi, quel sujet… On vint à mon secours : « Parmi ses nombreuses occupations, elle fait des traductions » dit gentiment notre metteur en scène.

« Des traductions ? De quelle langue ?
— De grec, monsieur.
— De grec ! Oh, hé bien je parlerai de vous à Mme de Romilly, je lui dirai que j’ai rencontré une émule.
— Mme de Romilly ! Ah oui, quelle grande dame elle aussi ! J’admire bien sûr ses œuvres, son talent…
— Nous avons des sièges (« Des fauteuils », corrigea le metteur en scène) côte à côte à l’Académie. Et alors que j’essaie de me tenir correctement –après tout, nous sommes à l’Académie !- cette dame, presqu’aveugle, ne se gêne pas pour donner de grands coups de coude et demander tout haut : « Qu’est-ce qu’il dit encore, cet imbécile ? » »

Je les en admirai tous deux davantage.

Il fut évidemment accaparé par des demandes d’autographe des acteurs et du metteur en scène de la pièce, par les spectateurs. Au moment de mon départ, je le saluai en passant près de la table où il sirotait son champagne ; alors qu’il répondait en souriant, je devinai que sa femme (je suppose) lui demandait si nous nous connaissions : « Non, mais nous avons déjà développé une belle complicité. » répondit-il en me regardant, toujours souriant.
 

Monsieur de Obaldia
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