Rapa Nui en Normandie

Publié le par Shaya Onthemoon

 

Nous attendons patiemment sous le soleil d’un été indien inespéré. La file avance par à-coups, et malgré l’heure matinale, nous sommes nombreux à nous lancer dans ce drôle de voyage…

Ça y est, c’est le départ pour nous aussi. Nous arrivons dans une salle pleine de malles de voyage, de photos insolites, d’objets exotiques. Au mur, dans des cadres, les grands aventuriers et quelques-uns des mystères auxquels l’intelligence du professeur imaginaire organisateur de l’expédition Rapa Nui s’est heurtée. En regardant attentivement, j’y trouve une photo de Bill Murray avec son bonnet rouge de La Vie Aquatique, ainsi que des images de la créature de Roswell…

La première salle nous fait plonger dans la grandeur de l’Océan Pacifique, de sa vie marine, de ses particularités géographiques… Le dépaysement commence.

La salle qui suit rappelle avec force cartes maritimes et maquettes de bateaux les épopées des grands navigateurs qui ont exploré le Pacifique depuis le XIVème siècle. L’histoire de Mendana de Neira me bouleverse : mort en cours d’expédition, sa femme décide de reprendre la direction des opérations et de ramener la dépouille de son mari au Portugal… qu’ils n’atteindront jamais car le navire disparaît en mer. (Ce que m’apprend l’exposition n’est pas du tout ce que je peux trouver en cherchant sur Internet, mais peu importe.)

Nous entrons ensuite dans les cales de la Bounty : la goélette avait été modifiée de façon à pouvoir transporter en de bonnes conditions des arbres à pain – les conditions de vie de l’équipage étant, elles, épouvantables, suivit la révolte qui vit le capitaine du navire et ses fidèles abandonnés dans une chaloupe.

Nous approchons de notre destination, l’île de Pâques : dans une salle, trône une reproduction grandeur nature du Kon-Tiki http://www.kon-tiki.no/E-Exp_KonTiki.php , le radeau sur lequel l’incroyable Thor Heyerdhal http://www.kon-tiki.no/e_aapning.php rallia l’île depuis le Pérou en 1947. Je découvre la vie de cet homme que Jules Verne aurait certainement rêvé d’inventer… Et puis, divers objets d’art pascuan, que j’aime croire chargés de magie ; et là, au fond, dans la lumière du soleil qui se déverse par une porte ouverte, un homme est assis et sculpte – fait naître – une statuette en bois. De temps en temps, il sifflote. Il fait partie des rares Pascuans ayant survécu à l’arrivée des Européens (massacres et variole dans leurs besaces) et à l’exploitation irraisonnée des richesses de l’île. Presque une légende vivante. Ou alors une statue qui marche, et qui s’est déguisée en humain pour nous confondre et nous observer ?

Une petite salle ronde sert d’écrin à une carte en relief de l’île de Pâques ; les murs sont constitués de gigantesques photos de ces paysages quasi lunaires – dans lesquels la NASA a d’ailleurs entraîné ses astronautes au début des années 60 : imaginer des astronautes, symboles vivants de l’Homme qui s’apprête à marcher sur la Lune, s’entraîner sur les flancs d’un volcan ayant donné naissance à des statues dont on raconte qu’elles marchent vers la mer, me grise doucement.

 

Puis le voilà.

Un Moai se tient entouré d’un rideau aquatique : l’eau tombe en dessins qui varient dans la lumière, fleurs, motifs géométriques, apparaissent de la pluie et s’effacent dans le sol en un joli chant de perles, écrin liquide pour une divinité de pierre…

 

Un tunnel bleu océan, tel un rouleau dans lequel le surfeur rêve de glisser, et nous voici dans la dernière salle, consacrée au surf, à ces fous de la vague immortalisés par un photographe passionné de glisse et de lumière.

 

Le voyage se termine, et le retour à la réalité est un peu étrange. Déconcertant. Frustrant. Je me sens petite de ne pas avoir la folie et le courage de ces explorateurs… Je respire un grand coup sous le joli soleil de Normandie, et je pars retrouver mon amoureux – finalement, je le vis moi aussi, mon grand voyage.

Commenter cet article