Souvenir de Croatie

Publié le par Shaya Onthemoon

Je regarde la pochette du disque et me demande pourquoi j’ai tant aimé la vidéo dont elle est tirée. Au milieu de marécages, un radeau sur lequel ont été installés un piano, une guitare, un accordéon, des coussins pour s’assoir, des guirlandes d’ampoules colorées… Une jeune femme y danse, quelque peu maladroite, mais adorable de joie, ses amis l’y rejoignent, tous musiciens, tous flamboyants de cette énergie et de ce talent qu’ont les véritables artistes.
J’ai vu et revu cette vidéo, qui fait gonfler quelque chose, là, dans ma poitrine, sans vraiment comprendre pourquoi. Et ce matin, je me suis souvenue.

C’était un jour de juillet 2005. Soleil, chaleur, mer d’huile, cigales… Nous étions en Croatie pour une semaine. Le bus nous a déposés près d’un monument aux morts, nous avons traversé à pied un village qui cachait dans ses murs des restes de monuments romains et nous sommes arrivés au bord de la rivière. Les barques nous y attendaient. Basses, petites, couvertes d’un toit pour une ombre salvatrice. Dans un joli jet en arc de cercle, elles ont fait demi-tour et nous avons commencé notre périple dans les marécages. Sur la  barque où j’étais, un guitariste et un accordéoniste jouaient ; de la main, les enfants essayaient d’attraper les nénuphars géants, les grands chassaient les insectes et tous étions impatients de voir où cela allait bien nous mener. Au ras de l’eau, éclaboussures, rires, et toujours la musique, enjouée, joyeuse.
Le bras de rivière se fait plus large, les roseaux s’éloignent un peu, et nous débouchons sur une étendue plus grande au milieu de laquelle trône une île sur laquelle est construite une grande plate-forme en bois, surélevée. De grandes tables et de longs bancs en bois, vue sur les roseaux et l’eau alentours, plus loin les toilettes : un trou caché par des murs de roseaux, et près de la plate-forme, des chaises longues dont les puces avaient pris possession et où il était impossible de s’allonger sans se gratter. Nous avons couru jusqu’aux tables –il faisait chaud, soif et faim- et nous avons mangé, toujours en riant, toujours en musique. Après le repas, des pêcheurs se sont improvisés, des danseurs se sont dévoilés et je rêvais de dormir allongée dans l’herbe mais le bruit était trop fort pour réellement se laisser aller au sommeil.

Il a bien fallu retourner au monde « réel ». Les barques nous ont laissés cette fois-ci dans un restaurant bâti au bord de l’eau, où nous avons de nouveau dansé et mangé, puis nous sommes remontés dans le bus pour retourner à notre hôtel, sur la presqu’île, de l’autre côté de l’enclave bosniaque. Frissons dans le dos : comment une terre capable de produire une telle paix intérieure a-t-elle pu être le théâtre de tant d’horreurs il y a quelques années à peine ? Qu’ont donc fait les paisibles habitants que nous avons croisés durant la guerre ? Où donc se sont battus les musiciens qui nous ont offert une telle allégresse aujourd’hui ?
Mais au souvenir de cette journée, les frissons s’envolent, les notes résonnent à nouveau dans le parfum des roseaux et des herbes aquatiques ; je sais pourquoi j’aime tant la vidéo de Yaël Naim. Elle me ramène un jour de juillet 2005 en Croatie.
 

Souvenir de Croatie
Souvenir de Croatie

Commenter cet article