Travestie

Publié le par Shaya Onthemoon

J’ai toujours aimé me costumer. Costumes, masques, déguisements, maquillage, coiffure voire perruque, j’aime transformer mon apparence de façon à ce qu’elle soit si différente de l’’habituelle que mon entourage ne puisse me reconnaître.

Un professeur de philosophie ne voulut pas laisser entrer dans la salle de cours cette jeune personne aux cheveux crêpés et en pétard, en cuir et jean (short et veste) déchirés.

Oncle, tante, cousin, cousine, installés à table sur une plage, se demandèrent un bon moment qui était cette Américaine au bras en écharpe qui arrivait vers eux, un bel après-midi d’été.

Un ami de longue date ne reconnut pas cette créature en robe de velours noir, cachée derrière un masque blanc. La même soirée, un autre de ses amis essaya de la séduire pour la nuit.

Samedi, de nombreuses personnes se sont demandées qui pouvait bien danser à leurs côtés, sous un masque de plumes et d’argent.

J’ai toujours aimé me cacher derrière ces masques. Le carnaval est une fête que j’affectionne particulièrement. Bien sûr, il est si amusant de changer d’identité, pour un moment, de jouer un autre Moi ; comme au théâtre, la personne laisse place au personnage. Mais j’aime surtout étudier les réactions de mes connaissances lorsqu’ils ne savent pas que je suis moi et que c’est moi qui les regarde, les approche, les séduis, les ignore. Jeu risqué du retour au début de notre histoire, de ces premiers moments d’avant la rencontre, de ces premières émotions d’avant les mots.

Samedi soir donc, en robe de soirée, gants de satin, bijoux de perles noires, et le masque qui cache pour faire dévoiler. Regards qui m’ont suivie, parfois très insistants, plus rarement accompagnés de l’audace de venir danser à mes côtés ; hommes et femmes ont malgré tout osé, pour récolter un sourire…

Aujourd’hui, journée de ménage. Tenue pour l’occasion : vieux vêtements informes, cheveux simplement remontés sur la nuque. Qu’est-ce qui me différencie de samedi soir ? Je suis toujours moi ; mes sentiments, mes pensées, mes douleurs, mes joies, sont les mêmes. En traversant la place, je sais que le regard des inconnus sur moi est bien différent. Pourtant, je reste la même personne, en tenue de ménagère ou en danseuse glamour.

Mais est-ce bien vrai ?  La force du travestissement n’est-elle pas de révéler et faire se révéler, au lieu de cacher ?

Publié dans pérégrinations, Humeurs

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article