Une nuit d'Andrealphus

Publié le par Shaya Onthemoon

1 Présentations

Chemise en dentelle noire transparente. Bustier noir. Jupe sombre elle aussi, droite, courte, ouverte devant – encore plus depuis que deux points ont craqué tout à l’heure. Collants noirs, avec une ligne rouge qui court à l’arrière de la jambe, qui remonte vers les résilles brodées, de la même couleur. Bottes en cuir lacées à l’arrière. Manteau en cuir grenat, cintré à la taille.

Coupe au carré... écarlate. Quelques tatouages, discrets, ici et là.

Petites lunettes noires.

Gants noirs eux aussi, qui habillent mes mains et mes avant-bras jusqu’au coude.

Me voici prêt/e à entrer dans l’arène.

 

Cette nuit va être particulière...

Ah, je ne me suis toujours pas présenté/e. Quel/le impoli/e je fais ! Mais mon costume vous avait certainement mis sur la voie.

Je suis Andrealphus, prince-démon de la luxure, pour vous servir... si je le veux.

Et nous allons passer la nuit ensemble.

 

2 Arrivée

Me voici « chez Régis ». Ce sympathique petit bar est géré par Régina, notre hôtesse pour ce soir et qui est assistée pour le service par la charmante Régine, aux splendides yeux clairs ; ce lieu entre Enfer et Paradis appartient à un certain Jésus, fils de Dieu.

Lequel est mort.

C’est bien la seule raison qui aurait pu faire se réunir en un seul endroit, et sans arme ni pouvoir, quatre Archanges et cinq Princes-Démons...

Dieu est mort, dit-on... Mais moi, je n’en suis pas si sûr/e.

J’arrive en même temps que ce bourrin de Baal (prince de la guerre) et ce gros fainéant de Valefor (prince des voleurs). Au fond de la salle, la tendre Blandine (archange des rêves) a choisi cette fois de s’incarner dans un corps d’homme, peut-être pour oublier qu’elle s’est abandonnée (en femme fatale) pendant trois mois dans les bras du ténébreux Julio. Je suis bien placé/e pour le savoir : Julio, à Rome, c’était moi.

Pour ma part, ça m’ennuie, cette mort du grand patron. Parce que, tout de même, les règles... c’est bien utile. Ne serait-ce que pour avoir le frisson de la transgression, bien sûr.

Sans parler du fait que, le jour de Sa mort, je faisais goûter les joies interdites du sexe à cette chère Blandine. Ce blasphème ultime – mais délicieux ! – pourrait me valoir l’éradication pure et simple par le grand patron... Il vaudrait mieux que ça ne se sache pas. Ça pourrait constituer un sacré mobile que le véritable coupable pourrait utiliser pour détourner l’attention de lui. Pensez-vous, du sexe entre un archange et un prince-démon !

(Et un poney, aussi, mais je préfère ne pas m’étendre sur le sujet.)

 

3 Charmes en tous genres

Alors que j’observe l’assemblée, Malphas s’avance vers moi. Ce prince de la discorde n’est pas sans charme, et il en use et abuse avec subtilité pour se jouer de tous... Je serai sa première victime ce soir, semble-t-il.

« As-tu entendu parler de ce frère de Jésus, un frère aîné, qui n’est pas là ce soir, mais qui serait le véritable héritier ? » me demande-t-il.

Entre deux positions extravagantes avec Blandine, des bruits m’étaient parvenus d’une distorsion dans le continuum spatio-temporel. Et si... Jésus était allé tuer son grand frère en enfreignant une des lois les plus sévères ? On ne joue pas avec l’espace-temps ! J’envoie mes petits démons enquêter, sous le regard goguenard de Malphas... lequel continue sa tournée des archanges et démons présents.

Ce soir, j’hésite à aborder Blandine. La tentation d’aller lui susurrer des mots en italien est forte, mais je crains qu’on ne nous dévoile. Je frôle un bras, laisse courir les plumes de mon éventail sur sa nuque... mais la pauvrette se montre craintive et timide, et je n’ai pas le cœur d’effrayer ses immenses yeux bleus bordés de longs cils. C’est une fort jolie incarnation masculine qu’elle a choisie là... Miam.

 

4 Mensonges et tricheries

Jésus s’avance alors vers moi.

« Alors, il paraît que tu goûtes aux saveurs de Rome ?

–- Comme beaucoup, en effet... mais ces temps-ci, je préfère les saveurs asiatiques. »

Avant Rome, j’ai passé un peu de temps dans une maison close thaïlandaise. Ce n’est donc pas vraiment un mensonge...

« Moui, insiste-t-il. J’ai pourtant entendu parler d’une histoire entre un démon et un archange... »

Tous commettent l’erreur de nous appeler « démons », alors que nous sommes des princes-démons... Grrrr. Mais je décide de conserver mes forces pour lutter sur un autre front : ma survie est en jeu.

Car je reste persuadé/e que Dieu n’est pas mort, et que je risque moi ma peau si on découvre que j’ai osé batifoler avec Blandine.

Je vais donc nier.

Et, moi aussi, détourner l’attention.

J’ai pas mal d’arguments pour ça.

 

5 Votons !

Dieu est (semble) mort. Soit. Et maintenant ?

Faut-il attendre quelques années humaines et maintenir, dans notre lutte entre Paradis et Enfer, un statu quo, comme le demande ce fainéant de Valefor ?

Faut-il dévoiler notre existence aux humains et entrer (enfin ?) en guerre ouverte, comme le propose Baal ?

Ou bien faut-il se montrer encore plus radical et déclencher une guerre nucléaire, dont les survivants tomberaient dans une foi épouvantée, comme le réclame l’archange de la justice, Dominique ?

En observant Valefor, je reste dubitative : il abat ce soir bien plus de travail qu’il ne l’a fait au cours des deux derniers millénaires. Il interroge tout le monde, enquête, tente des alliances... surtout avec les archanges, ce qui m’agace.

Il ignore mes questions. Il m’ignore, MOI ? ...

Je n’aime pas ses façons. Il gère tout comme un vulgaire marchand. Aucune finesse, pas de séduction, charme nul.

Enfin, il m’aborde. Il veut ma voix pour sa proposition, en échange d’informations. Pas de chance pour les premières, je les avais déjà : « Il va falloir faire mieux. » Et je le plante là, tandis qu’il marmonne, désemparé, « Mais je n’ai rien de mieux... ».

Je vote blanc à sa proposition. Je n’ai pas été convaincu/e... mais n’ai rien contre a priori. Tous les autres, sauf Dominique et Baal bien sûr, votent pour. Ah non... Yves vote blanc lui aussi. C’est la première fois que je rencontre cet archange de la connaissance, qui me paraît bien sérieux, bien loin de tout ce qui me fait vibrer d’ordinaire. Un joli challenge...

 

6 Séduction, enquêtes et mystification

Les enquêtes se multiplient... Je glane des informations au fil des conversations surprises, des bruits qui me parviennent.

Ainsi, Jésus me raconte qu’il a été attaqué à Paris par un être qui lui ressemblait étrangement – « qui se fait passer pour moi », me dit-il – et en est encore tout retourné.

« Ah, mais nous avons toi et moi le même problème ! » lui dis-je. « Quelqu’un a usurpé notre identité ! Si ça se trouve, c’est la même personne ! »

Je vois dans son regard qu’il doute...

« Puisque c’est vrai pour moi, ça peut l’être pour toi... » dit-il, songeur.

Et j’insiste : je suis scandalisé/e qu’un être se fasse passer pour moi et ose dire que j’ai couché avec un archange ! Quel sacrilège !

Toute cette soirée chez Régis, je vais faire converger les soupçons vers Jésus, par petites touches. Parce que c’est lui qui fait courir le plus de bruits sur Blandine et moi... mais surtout parce que je sens qu’il y est vraiment pour quelque chose dans le meurtre – ou la tentative de meurtre – sur son Père.

Cela me laisse du temps pour comprendre ce qui s’est passé à Paris. Je découvre l’existence d’un mystérieux dossier dans les archives du Paradis, qui m’en apprend davantage sur la Crucifixion... Avec un temps de retard, j’ai le fin mot grâce à Baal, décidément généreux avec moi en renseignements : tandis qu’il me parle, il lorgne mes jambes. Ça a du bon, ces incarnations humaines.

Toutefois, je séduis peu, ce soir. Je suis terrifié/e à l’idée que Dieu nous observe peut-être, et je reste persuadé/e qu’il n’hésitera pas à me punir si je m’approche trop de la délicieuse Blandine, de l’amusant Crocell (prince-démon du froid) ou de l’intriguant Malphas.

Les enquêtes continuent. Malphas intercepte. Dérobe. Ment. J’admire... et me tiens loin.

Je discute avec le mystérieux Yves... Je me révèle piètre enquêteur/trice, mais je suis mes intuitions fulgurantes.

 

7 Dénouement

Les votes se succèdent. La trêve est confirmée. J’avoue avoir été convaincu/e par Blandine : « la guerre, cela signifie moins d’humains. Donc... un choix restreint... », tout autant que par le fait que je n’aime guère Baal et Dominique. Ce soir, ils sont comme larrons en foire. Et quand deux foudres de guerre s’entendent aussi bien, cela ne peut que me paraître suspect. L’amour et le sexe, pas la guerre !

L’heure tourne...

... et arrive le moment de désigner le ou les meurtriers de Dieu.

Je reste persuadé/e que Jésus n’est pas digne de confiance et que son Père n’est pas mort. Qu’Il est là, avec nous.

... Et Il se révèle bien plus près de moi que je ne le pensais.

 

Une bien chouette soirée, que cette murder party organisée par Éphémère !

Site de l’association : www.association-ephemere.org/

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