Cherbourg en hiver

Publié le par Shaya Onthemoon

Vendredi 6 novembre. Cherbourg.

L’arrivée en train se fait entre les collines verdoyantes où trônent des maisons aux toits pentus ; on dirait les Alpes. L’odeur de l’iode et de la pêche quand on remonte les quais en butant contre les pavés.

Les cris des mouettes, partout. Les petites rues piétonnes dans lesquelles ce matin seuls quelques commerçants s’activaient et où, à présent, doivent grouiller les passants.

Les cafés : celui de l’étoile, tables rondes, bar sculpté, garçon avec chemise blanche et tablier noire, chaises au dossier arrondi.

Le café du Carré où je petit-déjeune aujourd’hui : depuis la place centrale, on distingue deux baies vitrées, séparées par une porte médiévale au linteau orné d’un bas-relief. L’intérieur confortable : mobilier moderne en bois clair et métal, des miroirs ; ici et l des esquisses, un tableau de couleurs presque criardes. Lumière douce, jazz. A l’endroit où se tient l’ancienne porte, un vestiaire a été aménage et une rotonde en pierre rappelle que ce lieu a une âme.

Murs bleus et ocre. Bar en inox et en bois.

Les habitués vont et viennent. Le lieu était presque désert – un client, le patron et moi-même – le voici qui bruisse de la conversation de deux dames que l’on vient de servir.

 

Dimanche 8 novembre. Dans le train.

Allongé à demi sur la banquette dont j’ai relevé l’accoudoir, je me délecte des descriptions de Nicolas Bouvier. Quelque part, là, tout au fond de ma poitrine, le besoin de voyage enfle peu à peu.

Sur la banquette de l’autre côté du couloir, un homme d’une trentaine d’années somnole. Cheveux châtains courts sur la nuque et les tempes, nonchalamment rejetés en arrière. Une barbe brune de quelques jours dessine le contour de sa mâchoire et ombre ses lèvres charnues. One ne sait dire si, dans son sommeil, c’est un sourire ou une moue qu’elles esquissent.

Il s’est bandé les yeux avec un foulard aux motifs délicats, dans une déclinaison de mauve, sable, blanc ; de ces volutes en forme de virgule géante, entremêlées de grosses fleurs et remplies de points de teintes plus claires. L’homme a posé la tête contre le rideau taupe du train, étrangement assorti à son pull. Un jean usé par-dessus des bottes marron impeccables ; une sacoche en cuir noir, elle aussi soignée.

Peut-on avoir du charme en dormant ?

 

Samedi 12 décembre. Café.

Parfums du thé de Noël : caramel, rooibos, agrumes.

Je suis à « ma » table, dans le café aux tons doux. Sur les murs aujourd’hui, de grandes toiles aux couleurs palet ; celle au-dessus de ma tête me rappelle les lavandes sous un ciel bleu pâle, délavé par le mistral.

Musique de relaxation, en décor sonore, qui adoucit les conversations animées de ce samedi matin.

En venant, j’ai longé le quai jusqu’au port, les poteaux lumineux indiquaient la marée basse. Les gréments chantaient dans le vent glacé. S’il se mettait à pleuvoir, les gouttes se métamorphoseraient en flocons.

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